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LaSalle—Émard—Verdun: les aspirants candidats ne digèrent pas la décision de Trudeau

durée 04h30
23 juillet 2024
La Presse Canadienne, 2024
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Par La Presse Canadienne, 2024

OTTAWA — La décision de Justin Trudeau d'empêcher les militants libéraux de choisir leur candidat à l'élection partielle dans la circonscription montréalaise de LaSalle—Émard—Verdun, pour plutôt parachuter une conseillère municipale, ne passe pas chez les trois aspirants candidats qui ont fait campagne en vain pendant cinq mois.

«Antidémocratique, 100 %», a lâché lundi, au bout du fil, la commissaire scolaire Lori Morrison en entrevue avec La Presse Canadienne.

Mme Morrison n'en revient pas que son parti l'ait laissée cogner inlassablement aux portes et faire signer des cartes de membres pour, en fin de compte, renoncer à tenir une assemblée d'investiture pour cette élection devant être déclenchée au plus tard mardi de la semaine prochaine.

Selon elle, le processus pour être désigné candidat constituait la grande course «parce que c'est un bastion libéral depuis très, très longtemps». Elle confie d'ailleurs qu'elle et son parti ont présenté l'argument que de devenir membre permet d'avoir une voix au chapitre particulièrement importante dans une telle circonscription.

C'est M. Trudeau lui-même qui a pris la décision, a confirmé la coprésidente de la campagne libérale, la ministre Soraya Martinez Ferrada. Cette dernière n'était pas disponible pour une entrevue lundi, ayant entamé des vacances, a indiqué son bureau. Le parti a quant à lui refusé de rendre qui que ce soit disponible pour répondre à des questions, transmettant plutôt des généralités.

Les libéraux ont remporté des victoires dans LaSalle—Émard—Verdun durant les trois élections depuis la création de la circonscription. Lors du dernier scrutin, l'ancien ministre de la Justice David Lametti avait été réélu avec 42,9 % des voix. Le candidat du Bloc québécois avait recueilli presque deux fois moins de votes (22,1 %), celui du Nouveau Parti démocratique (NPD) était arrivé troisième avec un résultat similaire (19,4 %) et le conservateur en avait obtenu 7,5 %.

La circonscription est vacante depuis que M. Lametti a démissionné le 31 janvier, quelques mois après avoir été exclu du cabinet lors du remaniement ministériel de l’été dernier.

«En état de choc»

L'entrepreneur Christopher Baenninger, un autre aspirant candidat, a dit être «en état de choc» face à une décision qui n'est «pas correcte» et qui «démotive».

«On est toujours dans une démocratie, répond-il en réaction aux propos de Mme Morrison. Les gens vont pouvoir voter, mais pas pour qui ils pensaient pouvoir voter.»

Si Mme Morrison refuse de dire si la façon de procéder respecte les valeurs libérales puisqu'elle croit que ça pourrait «faire mal» au parti, M. Baenninger répond plutôt que «ça respecte les règles».

En effet, le «comité du feu vert» peut rejeter toute candidature «dans l'intérêt supérieur du parti» de sorte qu'il ne reste plus qu'un seul candidat qui sera ainsi couronné.

Les droits et libertés sont l'un des «piliers» des valeurs libérales, a néanmoins noté M. Baenninger, et, dans ce cas-ci, le fait que le parti «retourne la veste» rend cela «au niveau humain (…) très mêlant parce qu'on propose une chose et on en fait une autre».

La méthode employée a-t-elle affaibli les chances de succès des libéraux lors de cette élection partielle? «Je vais être malin: on n’a pas renforcé nos chances. Je vais en rester à ça», dit-il, la voix souriante.

Le leadership de Justin Trudeau est particulièrement mis à l'épreuve depuis que, il y a un mois, ses troupes ont échoué à conserver la circonscription de Toronto–St. Paul’s, dans la capitale ontarienne, un château fort peint de rouge depuis plus de 30 ans. Depuis, les appels à ce que M. Trudeau cède sa place se sont immédiatement multipliés dans les rangs libéraux.

À l'échelle nationale, les libéraux ont une vingtaine de points de retard sur les conservateurs de Pierre Poilievre depuis plus d'un an.

Quasi inconnue

La candidate libérale dans LaSalle—Émard—Verdun est la conseillère municipale Laura Palestini. Elle a été «parachutée» par le parti, a déclaré M. Baenninger. Tant lui que Mme Morrison ont déclaré n'avoir «jamais entendu son nom».

Le troisième aspirant candidat, Eddy Kara, un ancien organisateur du Parti libéral du Québec et cinéaste, avait lui tenté de joindre Mme Palestini dès le mois de février alors qu'il entamait sa campagne. «Pas de réponse», a-t-il résumé.

M. Kara, qui se targue d'avoir notamment l'appui de l'ancien ministre des Finances du Québec Carlos Leitão et de l'ancien député Jean-Claude Poissant, a jugé «vraiment choquant» que M. Trudeau ait interrompu le processus d'investiture.

Il a déploré que le parti lui eût envoyé tous les signaux pointant vers la tenue d'une investiture, notamment en publiant une trousse d'investiture et mené une entrevue avec le comité du feu vert dans les dernières semaines.

Il dit avoir appris que les libéraux voulaient «quelqu'un d'origine italienne» pour s'«assurer qu'on ait le vote des Italiens». D'ailleurs, trois membres de l'exécutif de circonscription lui auraient confirmé que le parti envisageait aussi de nommer Daniela Romano, une autre conseillère municipale à LaSalle.

Selon les données du recensement de 2016, 8,2 % des résidants de la circonscription sont d'origine italienne.

Les trois candidats aimeraient que les règles du parti soient révisées afin d'empêcher qu'une telle situation ne se reproduise, que ce soit en ne rendant plus optionnelle la tenue d'assemblées d'investiture ou en imposant un délai maximal avant que soit tranchée la question.

Mme Palestini affrontera un autre conseiller municipal dans cette bataille électorale, alors que Craig Sauvé a été investi candidat du NPD il y a près de trois mois. Le Parti conservateur du Canada a indiqué vendredi que c'est Louis Ialenti, «un propriétaire de petite entreprise plein de bon sens», qui portera ses couleurs. Et le Bloc n'a pas dévoilé son choix.

Michel Saba, La Presse Canadienne